Bartang, je te hais mon amour…

Quel voyageur à moto en Asie Centrale n’a pas envisagé de parcourir cette vallée mythique. Elle est l’objet de tous les rêves, de tous les fantasmes, de toutes les discussions au coin du feu lorsque il s’agit de préparer l’itinéraire de la saison à venir.
Nous n’échappons pas à la règle, Bartang je te veux et… je t’aurai peut-être !

Vallée de la Bartang

Mais pour y aller il faut vraiment, mais vraiment en vouloir ! Le Tadjikistan, est exigeant, je l’ai dit dans un article précédent et j’avoue qu’au bout de nos trois semaines de parcours hors « Pamir Highway » – entendez ce « Highway » à la mode locale c’est à dire « défoncé et infernal » – car nous avons cherché des pistes isolées et belles j’étais excédé par cet enfer routier.
Au mieux notre moyenne horaire frôle les 15 km/h à faire rigoler un trailer à pied ! le pire étant une tôle ondulée de très grande taille et de très grande profondeur propre à briser la mécanique et le pilote. Presque 2000 kms à cette sauce brutale ont usé ma patience !
J’abordais donc le début de la vallée avec cette haine au coeur, aggravée par une nouvelle panne de la 700, par une molasse à la banque qui a décidé de jouer la montre pour changer 50 euros et une pénurie d’essence à Rushan qui au bout de 6 stations nous a fait attendre l’arrivée du camion citerne.
Finalement nous partîmes …

Hameau Afghan en montant vers Rushan

C’est rapidement après la bifurcation que les sentiments changent, la sorcière choisit de revêtir sa robe de fée et nous jette en pleine figure des paysages à la beauté envoûtante ! La vallée n’est pas que belle, elle l’est magnifiquement…

Le décor est celui d’un rêve dans lequel nous évoluons lentement, chaque virage nous ouvre un nouveau relief, de nouvelles formes, d’autres couleurs et les émotions naviguent comme elles peuvent dans un fatras ingérable.
Le départ tardif nous incite à nous poser dès la première Guest House rencontrée, à Basid et avec plaisir ! Ce petit hameau est dense de petit jardins irrigués par des petits canaux au sol, c’est une oasis dans un monde minéral, nous relâchons toute notre tension et savourons l’instant. La gentillesse de nos hôtes n’est pas étrangère à cette sérénité retrouvée.

La gardienne de la Guest House

Le second jour nous pousse au delà de la vallée habitée, et dès le hameau de Gudara dépassé nous nous rendons compte que la piste est moins entretenue, devient plus cassante et le sentiment d’isolement progresse.
Une des difficultés connue de la piste approche, un tronçon balayé par le flot de la rivière Kudara et heureusement le niveau d’eau ce jour d’août est raisonnablement bas, des trois sections boue – eau – blocs c’est cette dernière qui nous aura le plus sollicité.
Nous posons notre bivouac peu après une gigantesque coulée de boue, dans un des rares petits écrins de verdure présent.

Bivouac dans la Bartang

L’inconnu (c’est bien connu) surtout lorsqu’il est prévu difficile augmente la concentration, fait douter et serrer les fesses, pousse à échafauder des plans de sortie, de fuite, de contournement et envisage des options stupides car nous ne savons pas ce qui va se présenter à nous, la seule certitude est que cette troisième journée sera la plus dure !
L’intéressant avec cette vallée est que malgré les nombreuses questions posées aux motards qui l’auraient franchi récemment il est impossible de discerner des informations vraies. Nous avons tout eu, d’une description banale jusqu’à celle d’un monstre destructeur abominable qui viendrait à bout de nos machines et de nous mêmes… qui croire ?
Tout cela pour dire que cette seconde nuit n’a été que moyennement reposante.
Nous partons donc au petit matin avec la volonté farouche de la sortir, intention alimentée prioritairement par le refus absolu de faire la route dans l’autre sens, on a assez d’essence mais je ne veux plus de tôle ondulée !

Ce troisième jour démarre fort, le premier gué à traverser s’annonce sans tarder, il est cassant, l’eau n’est pas très élevée et nous le franchissons raisonnablement bien. Un second un peu plus tard nous fera réfléchir un peu puis se présente la rampe finale d’accès au plateau. Elle est plus impressionnante que difficile mais la chute ou la sortie de voie est interdite dans sa section la plus vertigineuse.
L’arrivée sur le plateau est libératoire, il ne reste qu’un grand gué à traverser et j’aimerais le passer avant la fin de la journée. Il sera effectivement large, avec un peu d’eau mais très facile à franchir.

Nous posons notre dernier bivouac Tadjique au bord de l’eau, fatigués mais heureux et un peu fiers d’avoir franchi cette magnifique vallée.
Ma concentration se libère et je savoure ces instants uniques et magiques, nous ne sommes que des privilégiés et des veinards , what else ?

Fatigués, fiers et heureux !

Finalement la mémoire ne s’encombre pas des passages difficiles, des épreuves, de la saleté et de la poussière accumulées sur les motos et dans nos vestes pour ne conserver que ce qui nous a émerveillés.
Je sais que j’ai râlé, pesté contre ces pistes infernales mais au bout du compte Tadjikistan et tes magnifiques vallées je t’aime !

La petite video de ces trois jours est là : https://www.youtube.com/watch?v=9eIwSiT47vg

Pour lire nos autres articles sur notre route de la soie: (Route de soie)

3 réponses à « Bartang, je te hais mon amour… »

  1. Avatar de Queline Douttez
    Queline Douttez

    coucou. Magnifique récit qui nous fait vivre à vos côtés les mauvais et bons moments. Merci. Bisous de nous. Bonne continuation😘😘

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    1. Coucou, merci ! Nous on est contents de le vivre et de le partager… Bises à tous deux

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