Il faut dire que la barrière franchie au Khunjerab Pass est libératrice, nous sortons enfin du pays que je n’ai pas du tout aimé et le « Welcome to Pakistan » exprimé avec un large sourire par le gardien en poste fait un bien fou. Les poignées de main que nous offrent aussitôt après les pakistanais nous donnent un aperçu de la gentillesse des gens d’ici.

Et cela va de confirmation en confirmation. Une fois descendue la Karakorum Highway jusqu’à Sost, s’être acquittés du droit d’entrée dans le parc du Khunjerab nous stoppons devant une barrière maintenue par un système de sécurité ultra moderne : une cordelette !

Le temps d’expliquer ce que nous faisons là qu’un homme en appelle un autre qui nous guidera dans la foule, nous poussera dans des bureaux cagibis, interpellera des inconnus qui lui trouveront le chargé de tamponner le carnet de passage en douane. C’est un joyeux bordel, nous doublons les files pour accéder aux guichets, les officiels sont habillés en civil et on ne sait pas qui fait quoi mais rapidement les passeports et CPD sont tamponnés !
Les ATM de Sost ne fonctionnent pas avec nos cartes et nous ne pouvons pas avoir de carte sim… ce sont des civils dans une banque qui nous changeront des dollars à un taux défavorable mais ça nous dépanne, nous pouvons avaler un dal et trouver un hôtel pour la nuit.

Au programme du jour suivant: la vallée de Chapursan. Hormis le fait que ce soit joli nous n’avons pas d’info sur les difficultés à venir, nous verrons bien ! Il nous faut repasser le poste de douanes, cette fois ci facilement et nous roulons sur une piste qui après celles du Tadjikistan est un régal ! Le cadre est magnifique, la piste exposée et vertigineuse par endroits.









Nous faisons une pause au dessus d’un hameau lorsqu’un jeune en 125cc nous interpelle, il nous a vu à Sost la veille et nous propose de venir visiter son village et voir sa famille, c’est tout proche. Nous le suivons tant bien que mal jusqu’à sa maison et à partir de là mesurons notre incapacité à exprimer un refus: Nous sommes invités à dîner, sa belle soeur est déjà aux fourneaux, un bakari alimenté au bois. Je participe à la préparation après avoir offert les haricots achetés le matin même, joli moment d’échange avant de visiter le village et faire connaissance de sa famille. Nous ne pourrons pas non plus échapper au souper.







Après une nuit sous la tente plantée dans le jardin nous déjeunons tôt sans réveiller la maisonnée, préparons nos motos et… sommes invités au petit déjeuner familial qui est en préparation… nous serons calés pour la journée et pour la visite d’un lieu saint au bout de la piste, Baba Ghundi, du nom de celui qui est venu prêcher l’Islam dans la vallée.



Sur le chemin trois jeunes nous attendent pour nous éviter de chuter sur un pont effondré, et nous offriront un thé après la visite du tombeau ! Au retour nous saluons Irfan et sa famille et roulons jusqu’à Passu.



Puis se présente à nous cette « fameuse » vallée de Shimshal. La route qui mène au village n’est carrossable que depuis 2004 après 8 ans de travaux d’élargissement du sentier muletier, travaux réalisés sur la base du volontariat par des hommes du village ! Les ponts suspendus le sont réellement car ils ne sont pas reliés à leur piles et se balancent légèrement lorsque nous les franchissons ! Nous nous promenons en fin d’après midi et recevons ici aussi un accueil très gentil. Nous sommes plongés dans un autre siècle, beaucoup de travaux sont manuels pendant la moisson, seul le battage du blé est mécanisé…













Le village est un cul de sac, la piste vertigineuse se parcoure à l’aller, et au retour !
Passage à Gulmit où nous avons rendez-vous avec Sayed qui nous a obtenu nos visas, nous ferons avec lui un tour sympathique du village à la rencontre de ses habitants.




Techniquement il nous faut toujours trouver des roupies et une carte Sim et donc selon les conseils reçus aller à Hunza. Nous sommes embêtés car Hunza ne figure pas sur la carte comme ville mais comme région… il fallait en fait comprendre Hunza = Aliabad qui est le principal village de la vallée et après avoir bien tourné en rond nous avons trouvé et un distributeur de billets qui accepte nos Mastercard et une boutique pour la carte de télécommunication. Sauvés !
Nous partons sereins vers Skardu, puis Khaplu dans de nouveaux paysages très différents. Après avoir essuyé une petite tempête de sable nous atteignons Hushe au pied de la vallée dominée par le Masherbrum. Les vieils hommes sont assis dans la rue, les femmes sont lourdement chargées de foin ou travaillent dans les champs !




Après une journée de repos méritée à nouveau à Skardu nous nous dirigeons vers le parc Deosai où vivraient des ours. Les paysages sont sublimes et empruntent parfois des airs d’Ecosse ou d’Alpes. La piste n’est pas très roulante, nous posons un joli bivouac près d’une rivière qui s’avérera frais et humide.









Le programme à suivre est tout simple, faire les 100 km jusque’à Raikot Bridge pour monter ensuite à Fairy Meadows, la route devrait être meilleure.
Et bien non !Les quelques heures programmées se transforment en journées, un glissement de terrain nous ferme la route. Les infos sur le chantier sont fausses, la police et l’armée ont quitté les lieux, les routiers coincés sont en, colère et au rythme pris par les malheureux ouvriers qui cuisent au soleil en tentant de faire éclater un énorme bloc je me rends compte que la route n’est pas prête d’ouvrir… Une première piste nous est proposée mais elle s’avère vite impraticable pour nous et nous fait faire demi tour, finalement une seconde un peu plus longue nous mène à bon port à travers de petits villages perchés et au bord de vides impressionnants.








Ne demandez pas un petit déjeuner de bonne heure au Pakistan car malgré l’acceptation de la vielle notre hôte ne se réveillera pas ! Nous partons le ventre vide chercher une jeep pour Fairy Meadows, trouverons d’excellents chapatis frais au café du coin et nous groupons avec trois jeunes penjabis pour louer un véhicule avec chauffeur.
Le 4×4 est microscopique, d’un inconfort absolu mais je comprends vite que c’est le véhicule adapté à la piste cassante perchée au dessus d’abimes impressionnants, aux virages serrés entre vide et rochers surplombants, et la place du passager mériterait le port d’un parachute de secours tant la vue est vertigineuse !
2 à 3 heures de randonnée mènent ensuite sur le site des Fairy Meadows, superbe point de vue sur le Nanga Parbat, la « montagne tueuse ». Septembre est un bon choix, la bonne saison doit emporter un flot massif de touristes tant le nombre d’hôtel est énorme mais là il n’y a personne !





L’expérience ne gène pas l’optimisme aussi imaginons nous rejoindre assez rapidement Chitral pour monter dans la vallée des Kalash. C’est sans compter l’état des routes, les travaux, la chaleur excessive. La seule route qui traverse le nord du pays d’Est en Ouest est en travaux et les sections roulantes sont rares.
Nous clôturons une première journée par un superbe bivouac au col Shandur près du lac du même nom.




Le temps passe trop vite et l’échéance de fin de visa s’annonce. Il nous faut accélérer un peu et espérons rejoindre la vallée des Kalash le second jour, ce sera fait au prix d’une fatigue excessive et seul le généreux sourire des kalash nous permettra de tenir le coup pour la soirée.










Le village est charmant, les gens sont adorables… Et tant pis si nous devons courir pour atteindre la frontière nous restons 3 nuits sur place. Notre hôte nous sert de guide et nous emmène à travers les arrière cours, dans les maisons et jusque à un dernier petit village musulman au delà duquel la région nous est interdite. C’est un plongeon dans le passé, l’équipement est sommaire voire inexistant, les rues sont sales d’emballages industriels impossibles à recycler ici, les enfants fuient majoritairement sur notre passage. Je retiendrai le tendre sourire de cette petite fille dont la curiosité l’a poussée à venir observer le vieux monsieur avec l’appareil photo.

Le programme de la suite est sur sa conception moins réjouissante car il nous faut passer par Islamabad à l’ambassade d’Iran pour récupérer nos visas et faire les vidanges, puis nous engager sur la longue traversée du Balouchistan.
La récupération des visas et la maintenance se sont bien passées, le reste est une galère: tunnels interdits aux motos qu’il faut charger au prix fort sur des micro camions à plateau, blocage d’une route et déviation où je chute et me fracasse le dos, grève majeure qui empêche toute entrée à Islamabad, route autorisée puis interdite qui nous amuse sur 400km pour rien et une police affectée pour notre sécurité et qui nous plante en pleine nuit dans un village sans hôtel. Pour couronner le tout la 700 perd de l’huile et nous rejoignons Lahore à vitesse réduite, nous perdrons une journée supplémentaire pour réparer et il est maintenant certain que nous ne respecterons pas l’échéance du visa ! Plus de 1600 km nous séparent encore de la frontière…
A toute chose malheur est bon, cela se vérifie ici: dans chacune de ces situations galère les Pakistanais ont déployé une énergie phénoménale pour nous venir en aide et nous proposer une solution, ces gens sont d’une gentillesse exceptionnelle !
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